Alors que le nombre d’universitaires au sein de la population suisse augmente (1/5 de la population en 2010, 1/3 aujourd’hui), le nombre de demandeur·euses d’emploi diplômé·es de l’enseignement supérieur s’amplifie également. Le journaliste de la NZZ Albert Steck parle d’une «académisation croissante de la formation», conséquence des changements rapides dans le monde professionnel: «les artisan·nes ont été remplacés par des travailleur·euses du savoir formés à l’analyse». Selon Patrick Chuard, économiste en chef de l’Association suisse des employeurs, un écart se creuse entre la production de notre système éducatif et la réalité du marché du travail. Il a analysé l’évolution du chômage et en a conclu que l’enseignement supérieur protégeait de moins en moins contre la perte d’emploi. «Depuis 2010, le nombre de chômeurs titulaires d’un master universitaire a augmenté de 70 %. La tendance est inversée pour les actifs ayant une formation professionnelle de base. Pour eux, le nombre de chômeurs a diminué de 40 %.»
Il y a 20 ans, le nombre de personnes universitaires inscrites aux offices de placement représentait 10% du chômage. Aujourd’hui, il s’agit de 34%. Les chiffres de la Confédération montrent que cette proportion a fortement augmenté, surtout au cours des trois dernières années. Il s’agit souvent de personnes ayant des diplômes techniques ou scientifiques. «Un doctorat de l’EPF a longtemps été considéré comme la garantie d’un poste fixe, alors que ce n’est plus le cas aujourd’hui», explique Martin Widmer, directeur adjoint de l’office de placement de Zurich-Selnau. Selon l’office du travail de Zurich, les universitaires sont en moyenne de plus en plus longtemps sans emploi. Alors qu ‘il y a deux ans, ils·elles étaient réemployé·es aussi vite que la moyenne cantonale, ils·elles ont besoin aujourd’hui d’un mois de plus. Mais les raisons de la hausse du taux de chômage parmi les universitaires sont multiples: Jeremias Klaeui, économiste au centre de recherche conjoncturelle de l’ETH, évoque en particulier la grande incertitude économique actuelle et les améliorations constantes des systèmes IA. Il existe également un ruissellement dû au nombre toujours plus grand de diplômé·es: «les emplois réguliers sont souvent attribués à des cadres excédentaires, les postes d’entrée aux personnes ayant plusieurs années d’expérience professionnelle. Et ceux qui veulent se lancer à nouveau sont laissés pour compte».
D’autres causes? La concordance entre exigences du marché du travail et jeunes diplômé·es qui fonctionne de moins en moins bien; l’automatisation qui touche aujourd’hui de plus en plus les employé·es de bureau et les étudiant·es (au contraire d’avant qui supplantait surtout les professions artisanales et industrielles); l’enseignement supérieur qui a souvent l’inconvénient d’être moins proche du marché et donc de moins pouvoir réagir aux changements.