De nouvelles données de l’Office fédéral de la statistique permettent de voir la répartition des niveaux de formation en Suisse par hectare du territoire (100 mètres sur 100 mètres). Elles mettent en particulier en évidence une concentration des personnes très formées dans les villes, alors que les campagnes, localités plus petites et l’agglomération lausannoise comprennent le plus de personnes aux parcours scolaires courts.
Il s’agit d’une forme «d’inégalité» socio-économique entre ces deux régions, selon René Véron, professeur en géographie sociale à l’Université de Lausanne. «En Suisse, le niveau de formation a, par exemple, un fort impact sur les niveaux de revenus», explique-t-il. Selon l’OFS, le salaire brut médian s’élève à 5000 francs pour les professionnel·les diplômé·es de l’école obligatoire, contre 10’000 francs pour les universitaires. Le spécialiste précise toutefois: «Le fait que le niveau de formation soit inférieur dans ces quartiers ne signifie pas qu’il n’y fasse pas bon vivre ou que la criminalité y soit supérieure. Il faut faire attention à ne pas stigmatiser ces régions et leurs habitants.» Il explique que la demande pour des profils très qualifiés est plus importante en ville, et que les personnes plus formées sont souvent plus mobiles, revenant moins facilement vivre dans leur lieu d’origine. Selon le spécialiste, ce phénomène se rencontre partout dans le monde, sans être nécessairement problématique. «Ce qui est important, c’est de maintenir la qualité des services publics dans [toutes les] zones, pour préserver l’égalité des chances.» Il ajoute qu’un des dangers de cette séparation, ce sont «les phénomènes de polarisation et d’exclusion, où il n’y a plus d’échanges entre les catégories sociales», tels que dans certains pays voisins ou aux Etats-Unis. Mais «nous n’observons guère de telles ségrégations en Suisse», rassure-t-il.