20 Août 2025
Classements : «L’Europe doit affirmer ses priorités»
Dans une interview pour Le Monde, Stéphanie Balme, directrice du Centre de recherches internationales à Sciences Po, commente le classement de Shanghaï concernant les universités.
Elle relève qu’aucun des trois classements des universités les plus connus (classements de Shanghaï, QS et THE) ne prend en compte la liberté académique, c’est-à-dire ne mesure le degré de liberté d’enseignement et de recherche. Pourtant, celle-ci est en danger dans un nombre grandissant de pays, dont les Etats-Unis.
Stéphanie Balme précise que le classement de Shanghaï s’inscrit «dans une stratégie où science, technologie et innovation sont mobilisées comme instruments de puissance». Ainsi, alors que la Chine s’inscrit dans cette vision «technonationaliste» de la science, «aujourd’hui, seule l’Europe semble encore incarner un modèle où la recherche ne répond pas d’abord à une logique de puissance ou de souveraineté nationale», explique-t-elle. Elle relève que l’Europe incarne un modèle humaniste où la recherche, autonome et évaluée par les pairs, vise principalement le développement humain et la société civile, sans être d’abord orientée vers la domination ou la souveraineté nationale. Toutefois, actuellement, le modèle chinois semble étudié et reproduit, notamment pour ses investissements ciblés dans les sciences expérimentales et l’intelligence artificielle.
Stéphanie Balme explique également pourquoi l’indicateur européen des universités, l’EHESO (European Higher Education Sector Observatory), est méconnu: son nom est «peu lisible» et l’outil est compliqué. Pourtant, il pourrait se révéler stratégique. «L’Europe doit affirmer ses priorités, en promouvant son propre classement fondé sur les valeurs d’une science humaniste, de la liberté académique et de l’interdisciplinarité. Il y a là un enjeu majeur, y compris de souveraineté et de sécurité scientifique européennes», déclare-t-elle.
L’article précise encore d’autres critiques adressées au classement de Shanghaï: «les travaux en sciences humaines et sociales sont quasiment ignorés, et aucune considération n’est accordée à la qualité de l’enseignement, à la réussite des étudiants ou à leur insertion sur le marché du travail».
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