Selon une chercheuse anonyme, il n’y aurait plus de place pour tous les chercheur·euse·s en Suisse. «C’est un privilège de pourvoir travailler dans une université suisse, mais nous formons beaucoup trop de doctorant·e·s – le système ne peut pas accueillir tous ces chercheur·euse·s», déclare la scientifique avant d’ajouter :«les doctorant·e·s travaillent pendant quatre à cinq ans comme des fous. A peine ont-ils/elles un doctorat qu’ils/elles constatent que dans nos universités il n’y a pas de place pour eux/elles». Pour les besoins de l’industrie, il n’est pas rare qu’ils/elles soient mal qualifié·e·s ou surqualifié·e·s et doivent prendre là-bas des emplois pour lesquels un Master suffit. «Sans cette armée de main d’œuvre bon marché, les hautes écoles en Suisse ne fonctionneraient pas du tout», déclare la chercheuse. Pour Marc Creus, biochimiste britannique, il s’agit «d’un gaspillage de talent, lorsque quelqu’un possède deux postdoctorats, est hautement spécialisé dans son son domaine et doit constater qu’il n’a pas de chance [d’avancer dans une carrière académique].» Selon Marcel Tanner, Président de l’Académie suisse des sciences naturelles, «au lieu de former une relève engagée, trop de professeur·e·s préfèrent sculpter leur propre monument – c’est une attitude grave.» Les chercheur·euse·s établi·e·s et en particulier les titulaires de chaires se prendraient souvent pour trop importants et auraient beaucoup trop de pouvoir. «A cet égard, l’encouragement de la relève est l’indicateur le plus important pour de bonnes recherches.» L’historien de l’Université de Saint-Gall, Caspar Hirschi, pense qu’«il faut plus de chaires et de plus petites [équipes]. Cela améliorait l’encadrement des doctorant·e·s et procurerait des perspectives pour le corps intermédiaire.» Il plaide pour que le nombre de doctorant·e·s dans les universités locales diminue: «Nous devrions avoir moins de doctorant·e·s et en même temps sélectionner plus durement en fonction de la promotion. Ainsi, nous donnerions une opportunité de carrière à ceux/celles qui reste à l’université».
7 Déc 2017