Actuellement, de nombreux pays européens (France, Allemagne, Espagne, …) s’organisent pour accueillir des scientifiques américain·es aux niveaux local, national et européen. Le plan «Choose Europe for Science» de l’UE est la première initiative centralisée visant à attirer des scientifiques internationaux sur le sol européen et en mai dernier, le Conseil européen de la recherche (ERC) a doublé le financement supplémentaire disponible pour les boursier·ères qui s’installent en Europe (passant de 1 à 2 millions d’euros). Or, la Suisse ne participe pas au plan de l’UE, et n’a pas non plus mis en place de mesures spécifiques afin d’attirer des scientifiques américain·es au niveau du pays.
Selon l’article de Swissinfo, de nombreux·euses chercheur·euses estiment que la Suisse est déjà suffisamment attractive pour ne pas avoir besoin de mettre en place des mesures supplémentaires. Le pays consacre environ 3,4% de son PIB à la recherche (les Etats-Unis consacraient il y a quelques années 3,6% du leur), les salaires suisses sont attractifs au regard des autres salaires européens (qui sont très souvent inférieurs aux salaires américains), enfin la Suisse offre globalement de bonnes conditions de recherche (normes académiques élevées, coopération internationale). Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), plus de la moitié des professeurs universitaires suisses viennent de l’étranger.
Certaines personnalités du monde académique suisse critiquent la stratégie de l’Europe, justifiant alors la position de la Suisse. Le Secrétariat d’État suisse à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) a ainsi qualifié le programme de l’UE de «contradiction avec le principe de concurrence et d’excellence dans l’enseignement supérieur», dans des commentaires à la SRF. «Nous ne voulons pas jouer [à ce] jeu avec les États-Unis. Ce ne serait pas éthique, et nous ne voulons pas nous livrer à des pratiques contraires à l’éthique», a déclaré Joël Mesot, président de l’ETH Zurich. D’autres personnalités regrettent au contraire ce choix, à l’image de Marcel Salathé, codirecteur du Centre d’intelligence artificielle de l’EPFL, qui affirme que «nous passons à côté d’opportunités vraiment intéressantes». Néanmoins, «l’ETH Zurich, comme d’autres universités suisses, a reçu un nombre croissant de candidatures de chercheurs américains au cours des dernières semaines et des derniers mois», a déclaré le porte-parole Markus Gross à Swissinfo.
L’auteur de l’article mentionne également que le monde scientifique suisse connait actuellement quelques difficulté de financement de son écosystème, dû aux coupes prévues dans le domaine de la recherche et de la formation (plus de 460 millions de francs suisses par an). «Je ne suis pas sûr que la Suisse puisse faire quoi que ce soit pour attirer des scientifiques américains, car nous n’avons même pas de postes pour les personnes qui sont déjà ici», déclare ainsi Volker Thiel, virologue à l’Institut de virologie et d’immunologie (IVI) de l’université de Berne. Volker Thiel voit toutefois «une lueur d’espoir dans le fait que le gouvernement suisse et la Commission européenne s’orientent vers un accord qui accorderait à la Suisse un accès complet aux fonds Horizon Europe et ERC. Depuis cette année, les chercheurs affiliés ou souhaitant s’affilier à des institutions suisses peuvent postuler à des subventions prestigieuses de l’ERC, et les programmes de l’ERC destinés à ceux qui s’installent en Europe pourraient offrir aux scientifiques américains le package attractif qu’ils recherchent.»