Dans un interview avec la Handelszeitung et la Freiburger Nachrichten, le professeur en économie de la Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (FHNW), Mathias Binswanger critique le système éducatif suisse qui ne valorise pas assez l’apprentissage.
Parlant d’un «cercle vicieux» il argue que plus le taux de maturités augmente, et par conséquent le taux d’étudiant·es, les universités vont perdre en qualité. Cela conduira à la création d’universités d’élite ou seuls ceux et celles qui ont étudié dans une telle université ont la chance de trouver un bon emploi. En contrepartie, la Suisse souffre d’un manque de personnel qualifié, qui est amplifié par cette tendance à valoriser uniquement la formation académique. «De plus en plus de jeunes ayant de bonnes aptitudes manuelles tentent de suivre une formation supérieure. En revanche, la qualité baisse chez tous ceux qui font un apprentissage. Les entreprises critiquent les mauvaises performances moyennes des apprentis. En conséquence, les entreprises et les institutions augmentent à leur tour les exigences. Et le cercle tourne».
Pour briser ce «cercle vicieux», le professeur appelle à faire passer un message qu’un apprentissage est une formation équivalente qui donne toutes les chances et le même prestige qu’une formation universitaire.
Regula Leeman, professeure en sociologie de l’éducation de la HEP FHNW et spécialiste du système de l’enseignement en Suisse, réagit dans un interview avec le Tages-Anzeiger aux propos de Mathias Binswanger, qu’elle qualifie comme «conception étonnamment étroite et élitiste de la formation universitaire». Selon elle, «postuler une opposition entre «travail intellectuel» et «travail manuel» n’a plus de sens aujourd’hui. L’artisan classique n’existe plus, il faut partout une multitude de qualifications différentes. Peu importe que l’on soit médecin, menuisier ou juriste : tous doivent aujourd’hui disposer de connaissances abstraites, théoriques et spécialisées.»