«Entre cursus trop sélectif, exil, surmenage, abandon et reconversion, les symptômes sont nombreux et le diagnostic est clair: la Suisse a mal à la formation de ses futurs médecins. »
Face au grand nombre d’étudiant-es en médecine qui envisagent de tourner le dos à la médecine (34%, selon un récent sondage), le doyen de la faculté de médecine à l’Université de Genève Antoine Geissbuhler remet en question le processus de sélection des étudiant-es à Genève (et Lausanne): «Je me pose moi-même la question car je qualifie cette première année, de manière peut-être un peu abusive, de maltraitante, ose le doyen. La constellation politique actuelle me laisse penser qu’une discussion pourrait avoir lieu afin de trouver une meilleure solution, qui permette d’avoir les étudiants les plus appropriés et de meilleures conditions d’études. Si on s’y met dès aujourd’hui, je pense qu’un nouveau système pourra entrer en fonction d’ici deux à trois ans.» Par rapport aux étudiant-es qui quittent la Suisse pour éviter le numérus clausus à l’étranger, il considère que «forcer les gens à s’exiler pour étudier la médecine est un échec de notre système».
Pour Philippe Eggimann, vice-président de la Fédération des médecins suisses (FMH), les 100 millions de francs débloqués en 2016 pour former plus de médecins ont été «une goutte d’eau par rapport aux coûts globaux de la formation des étudiants par les facultés de médecine». Selon le doyen de la faculté de médecine de l’Université de Genève, le goulot d’étranglement se situe non seulement au niveau du financement, mais également au niveau des places de stage. «Une solution à ce problème est d’encourager davantage d’étudiants à se tourner vers la médecine de premier recours, qui est d’ailleurs la première à être touchée par la pénurie. Ainsi, placer plus de jeunes médecins en cabinet libérerait de la place en clinique.» Par ailleurs, un projet pilote se déroule cette année même à l’Université de Genève afin de permettre aux étudiants de deuxième année de passer une partie significative de leur formation dans des cabinets médicaux.